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Laurence HervĂ© n’arrĂȘte jamais.

DerniĂšre mise Ă  jour : 20 janv. 2019


Parachutiste par passion, militaire par conviction...


La premiĂšre fois que j’ai rencontrĂ© Laurence, c’était en aoĂ»t 2016 en NorvĂšge. Elle profitait d’une trĂȘve dans un planning bien chargĂ© pour rejoindre l’homme qui fait battre son coeur et qui, nous confie-t-elle, lui a redonnĂ© confiance en elle
 Quand on connait la vie de Laurence, difficile d’imaginer que cette jeune femme volontaire a besoin d’ĂȘtre rassurĂ©e. En effet, Ă  tout juste 30 ans, Laurence HervĂ© affiche dĂ©jĂ  un beau palmarĂšs dans la discipline sportive dont elle a fait son mĂ©tier : le parachutisme, plus exactement le vol relatif Ă  4.

A peine arrivĂ©e dans la petite ville reculĂ©e de Stranda en NorvĂšge que, les prĂ©sentations faites, Laurence m’embarquait dans un footing de plusieurs kilomĂštres Ă  travers champs et vallons
 et qui bien sĂ»r m’a mise sur les rotules. Ce n’est pas en faisant une session de sport tous les 3 mois que je tiendrai le rythme que s’impose Laurence
 au quotidien. Et pour cause ! Sportive de haut niveau, elle fait partie des Ă©quipes de France, civile et militaire, de Parachutisme. Interview.

Taina Calissi : Comment es-tu venue au Parachutisme ?

Laurence HervĂ© : En fait, aprĂšs le bac j’avais pris une annĂ©e sabbatique et travaillais en station de ski oĂč j’ai rencontrĂ© MĂ©lanie BROUASE. Elle faisait des compĂ©titions de skysurf en Ă©quipe de France, ça m’a donnĂ© envie. TĂŽt ou tard, je me serai certainement tournĂ©e vers le parachutisme mais je pense que MĂ©lanie, qui est devenue une amie par la suite, a Ă©tĂ© le dĂ©clencheur immĂ©diat. Donc dĂšs la saison suivante, j’ai cherchĂ© un centre de formation prĂšs de chez moi dans la rĂ©gion parisienne. Ce centre Ă©tait spĂ©cialisĂ© dans le vol relatif Ă  4.

T.C : Es-tu passée par la case tandem?

Laurence sourit : « Non, j’avais dĂ©jĂ  effectuĂ© 1000 sauts et fait de la compĂ©tition lorsque j’ai fait mon premier tandem. C’était pour un copain qui devait valider sa qualification de monitorat de tandem. C’était marrant et bizarre de s’en remettre Ă  quelqu’un d’autre. Mais j’avais confiance en lui. »

T.C : Comment dĂ©cide-t-on de passer d’une passion sportive, Ă  la compĂ©tition
. ?

L.H : A l’époque, je faisais de l’escalade par amour pour la nature, et pratiquais assidument le tennis
 J’avais dĂ©jĂ  le goĂ»t de la compĂ©tition et dĂšs l’hiver 2007/2008, je dĂ©cidais donc de participer Ă  mon premier stage de dĂ©tection de parachutisme. C’est une sorte de compĂ©tition open avec des critĂšres de sĂ©lections restrictifs. C’est lĂ  en gĂ©nĂ©ral que les athlĂštes se font repĂ©rer. J’ai fait un stage de dĂ©tection en soufflerie Ă  Paris en fĂ©vrier 2008 pour pouvoir accĂ©der au stage de dĂ©tection avion en vol relatif deux mois plus tard, Ă  Gap. Je suis devenue sportive dit de haut niveau Espoir en 2010. En compĂ©tition, on doit savoir gerer son stress , donner le meilleur de soi-mĂȘme, vouloir continuellement progresser et respecter des rĂšgles communes... Comme Ă  l'ArmĂ©e d'ailleurs.

T.C : Justement, comment s’est fait la connexion avec l’ArmĂ©e ?

L.H : J’ai intĂ©grĂ© l’équipe militaire et civile quasi en mĂȘme temps


A l'Ă©poque de ma participation aux stages de dĂ©tections oĂč j’avais Ă©tĂ© repĂ©rĂ©e par des personnes faisant Ă  la fois des compĂ©titions civiles et militaires, j’ai intĂ©grĂ© l’ArmĂ©e de l’Air sur concours, en tant que contrĂŽleuse aĂ©rienne. Etant alors en internat, j’ai d’abord bĂ©nĂ©ficiĂ© de dĂ©rogations ponctuelles me permettant de pratiquer le parachutisme avec l’équipe de l’ArmĂ©e (ce qui a d’ailleurs suscitĂ© Ă  la fois du soutien et de la jalousie.). D’autre part, il faut savoir que le parachutisme n’est pas considĂ©rĂ© comme un mĂ©tier dans le civil, mĂȘme si je suis mobilisĂ©e une quinzaine de jours par mois en moyenne et parfois jusqu'Ă  3 semaines en plus en compĂ©tition. Pour l’ArmĂ©e, les rĂ©sultats obtenus dans les compĂ©titions civiles sont plus importants que les rĂ©sultats militaires. C’est plus porteur en termes d’images et de promotion. Le fait que je fasse partie de l’équipe de France civile est donc un plus. L’ArmĂ©e est spĂ©cialisĂ©e dans les disciplines de prĂ©cision d’atterrissage et de voltige. Avec le vol relatif, j’apportais une compĂ©tence complĂ©mentaire. C’était la configuration idĂ©ale !

T.C : Tu es devenue parachutiste militaire 
.?

L.H : Mon Ă©quipe sportive est brevetĂ©e Parachutiste Militaire : Ă  cette occasion, nous rĂ©alisons les sauts d’avions en automatique, avec des parachutes ronds, nous faisons les sauts de nuits avec armes et gaines aux pieds, ce qui nous permet de dĂ©couvrir le parachutisme opĂ©rationnel. Cependant, je ne fais pas partie des troupes aĂ©roportĂ©es de l’ArmĂ©e de terre et nous n’intervenons pas sur les théùtres de guerre. L’équipe sportive de parachutisme dont je fais partie est une section Ă  part, je dirais « de prestige", Ă  l’instar de la Patrouille de France. Nous faisons des reprĂ©sentations lors de meetings aĂ©riens. Notre objectif premier est de reprĂ©senter l’ArmĂ©e française sur les compĂ©titions internationales, faire briller la France sur la plus haute marche du podium et faire retentir la Marseillaise. D’ailleurs, le Bataillon de Joinville, qui accueillait tous les athlĂštes français de haut niveau pour leur service militaire depuis des dĂ©cennies, est « rĂ©activĂ© » au sein du Centre National des Sports de la DĂ©fense, avec l'unitĂ© d'ArmĂ©e de Champions. J'en fais dĂ©sormais partie avec mon Ă©quipe.

T.C : Pourquoi avoir choisi l’ArmĂ©e?

L.H : Ça me parlait et ça me parle toujours. LĂ  aussi, comme le parachutisme, je n’ai pas de proche engagĂ© ou qui ait fait carriĂšre, qui aurait pu m’inspirer... Ca a Ă©tonnĂ© ma mĂšre qui doutait de ma capacitĂ© Ă  accepter l’autoritĂ©. Mais en fait, je pense justement que ce qui m’a attirĂ©e, c’est ce cadre, cette rigueur. D’ailleurs, je trouve dommage l’image caricaturale que l’on vĂ©hicule sur l’ArmĂ©e, c’est triste. On y apprend beaucoup, des valeurs comme : se donner Ă  fond, le dĂ©passement de soi, la solidaritĂ©, vivre en groupe, s’organiser
 Comme je le disais, finalement des valeurs communes avec le sport. L’éducation par l’ArmĂ©e est intĂ©ressante. J’aurais mĂȘme bien aimĂ© avoir l’obligation de faire l’ArmĂ©e. J’aimerais que les gens prennent conscience que les militaires qui vont sur le terrain, ils n’y vont pas pour faire la guerre mais pour dĂ©fendre des valeurs et dĂ©fendre leur pays.

T.C : Comment arrives-tu Ă  concilier tes obligations professionnelles avec ta discipline sportive ?

L.H : En fait dĂšs 2009, l’ArmĂ©e m’offre de participer Ă  mon premier championnat du monde militaire. A l’époque, je n’ai que 250 sauts
 ( « C’est Ă  dire que dalle » glisse Laurence en souriant), mais j’ai le soutien de mon entraĂźneur et de mon Ă©quipe. Il est vrai qu’en compĂ©tition internationale, il faut par exemple penser aux zones de posĂ©, trĂšs variables d’un site Ă  l’autre ; ici l’expĂ©rience peut ĂȘtre dĂ©terminante. A ce moment-lĂ , tu joues ta carriĂšre
 Mais le chef de l’UnitĂ© d’alors, qui Ă©mettait des rĂ©serves, Ă  juste titre, dĂ©cide de me faire confiance. Et lĂ  nous dĂ©crochons la mĂ©daille d’Or. Une aubaine ! Il a alors Ă©tĂ© question de me faire venir Ă  Gap pour intĂ©grer complĂštement l’équipe et me consacrer au parachutisme Ă  temps plein. Je suis donc dĂ©sormais en dĂ©tachement. Se posera quand mĂȘme bientĂŽt la question de ma rĂ©intĂ©gration Ă  mon poste de contrĂŽleuse et lĂ  il faudra dĂ©cider. Le contrĂŽle aĂ©rien requiert un maintien de compĂ©tences, ce n’est donc pas un poste acquis. Et il est clair que si je peux prolonger le parachutisme, je continuerai.

T.C : A quoi ressemble une année pour Laurence Hervé?

L.H : C’est variable mais en 2016, j’avais 2 Ă  3 compĂ©titions par mois en saison d’étĂ© contre 1 en hiver en moyenne. On participe aussi Ă  des Ă©vĂ©nements. Par exemple, on a fait les World Air Game de Dubai. Le mois de Novembre a Ă©tĂ© le plus souple en 2016. Autrement, on s’entraine. MĂȘme en hiver, on fait les stages d’entraĂźnement en soufflerie, ça fait partie des entrainements rĂ©currents, dans le civil comme Ă  l’ArmĂ©e. Quand j’ai des crĂ©neaux, je fais du coaching en soufflerie (simulateur de chute libre). Finalement, je n’ai plus vraiment de pĂ©riodes creuses. De toute façon, je ne sais pas garder de cases blanches dans mon agenda, je suis sans cesse en train de m'organiser pour pouvoir faire un million de trucs, quitte Ă  devoir courir partout... mais j'aime cette sensation! Ne pas louper un seul instant de vie!

T.C : Y a-t-il eu un moment clé dans ta vie de parachutiste ?

Laurence est soudain trĂšs Ă©mue : « Le moment clĂ© : c’est Fred. (
). Il a Ă©tĂ© une vĂ©ritable bouffĂ©e d’air pur (
) Il a fait basculĂ© ma vie » me confie-t-elle. « Je suis trĂšs engagĂ©e dans ma vie de sportive, et Fred ne m’a jamais demandĂ© de renoncer Ă  aucune de mes activitĂ©s. Fred m’a redonnĂ© confiance en moi. Il comprend mes obligations et me soutient dans ma carriĂšre. Et ça change tout. On se soutient mutuellement (
) » AthlĂšte RedBull, Fred Fugen forme avec son binĂŽme Vincent Reffet, les Soul Flyers et rĂ©alise des performances exceptionnelles, voire uniques en wingsuit et en basejump, que l’on peut voir sur de nombreuses vidĂ©os youtube. Il fait Ă©galement partie du projet Jetman créé par Yves Rossy. « Personnellement je ne le connaissais pas avant notre rencontre. Quand lui arrĂȘtait la compĂ©tition en 2009, moi je dĂ©butais. » Parachutiste confirmĂ©, Fred Fugen a Ă©tĂ© triple champion du monde en freefly en Ă©quipe de France. « J’ai trouvĂ© ça Ă©trange que quelqu’un de connu puisse s’intĂ©resser Ă  moi et je craignais d’ĂȘtre mise au devant de la scĂšne ; ça me mettait mal Ă  l’aise. En fait, il n’y en a pas beaucoup des comme lui. MalgrĂ© son palmarĂšs, son expĂ©rience, il reste normal, et complĂštement humble. Je trouve ça gĂ©nial le fait qu’il a toujours autant envie de partager les choses avec moi alors qu’il pourrait passer ce temps avec des personnes confirmĂ©es."

T.C : Qu’évoque le voyage pour toi ?

L.H : Les voyages sont un bon moyen de se ressourcer ! DĂ©couvrir le monde, les cultures , faire des rencontres, s’en mettre plein les yeux avec de nouveaux paysages
 TrĂšs souvent devoir s’adapter et s'ouvrir Ă  diffĂ©rentes façons de vivre, et surtout, profiter de chaque moment pour kiffer! (
) Je pense que ce qui est le plus difficile Ă  appliquer dans notre sociĂ©tĂ© aujourd’hui, c’est de tout laisser de cotĂ© pour nous focaliser sur le prĂ©sent ! Nos pensĂ©es parfois nous empĂȘchent de profiter pleinement... D’ailleurs, je pense que dans le parachutisme, ou tous ces sports extrĂȘmes en fait, on apprĂ©cie d’autant que quand nous pratiquons ces disciplines, nous pensons uniquement Ă  kiffer et profiter du moment prĂ©sent !!! Comme dit ma grand-mĂšre : " les voyages forment la jeunesse" - dans ce cas, je crois que je suis bien formĂ©e alors. Le parachutisme me permet de faire Ă©normĂ©ment de voyage , et tout cela en Ă©quipe. C'est une expĂ©rience de vie formidable! Avant, je ne vivais que pour les compĂ©titions et les voyages, dĂ©sormais, ce qui me tient le plus Ă  coeur est de partager mes voyages avec Fred. Je dois avouer qu’ĂȘtre ensemble pour voyager, ĂȘtre Ă  ses cĂŽtĂ©s le plus souvent possible, est devenu prioritaire. Et nous avons cette mĂȘme envie de voyage qui nous anime !

J’ai retrouvĂ© Laurence Ă  Dubai, la semaine derniĂšre. Elle y faisait un stage d’entrainement avec l’équipe civile. AprĂšs quoi, elle a prolongĂ© son sĂ©jour, profitĂ© de ce temps libre pour faire du paramoteur et bĂ©nĂ©ficier d’un coaching personnalisĂ© avec Pablo Hernandez pour amĂ©liorer son « posĂ© » (atterrissage). « RĂ©servĂ©e... » se dit-elle, « ... Perfectionniste » rajouterais-je. C’est simple, Laurence n’arrĂȘte jamais.

Liens utiles :

> Comprendre sa discipline, le VR4 : voir ici.

> Voir une vidéo de Vol relatif à 4, entrainement Dubai : voir ici

> Lien Facebook équipe militaire : voir ici

> Lien Facebook VR4 : voir ici

> Reportage France TV sur le "Nouveau bataillon de Joinville ( reportage de 2015) : voir ici

© Copyrights Textes et photos Taina Calissi
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