Laurence HervĂ© nâarrĂȘte jamais.
- Taina CALISSI
- 19 mars 2017
- 8 min de lecture
DerniĂšre mise Ă jour : 20 janv. 2019
Parachutiste par passion, militaire par conviction...

La premiĂšre fois que jâai rencontrĂ© Laurence, câĂ©tait en aoĂ»t 2016 en NorvĂšge. Elle profitait dâune trĂȘve dans un planning bien chargĂ© pour rejoindre lâhomme qui fait battre son coeur et qui, nous confie-t-elle, lui a redonnĂ© confiance en elle⊠Quand on connait la vie de Laurence, difficile dâimaginer que cette jeune femme volontaire a besoin dâĂȘtre rassurĂ©e. En effet, Ă tout juste 30 ans, Laurence HervĂ© affiche dĂ©jĂ un beau palmarĂšs dans la discipline sportive dont elle a fait son mĂ©tier : le parachutisme, plus exactement le vol relatif Ă 4.
A peine arrivĂ©e dans la petite ville reculĂ©e de Stranda en NorvĂšge que, les prĂ©sentations faites, Laurence mâembarquait dans un footing de plusieurs kilomĂštres Ă travers champs et vallons⊠et qui bien sĂ»r mâa mise sur les rotules. Ce nâest pas en faisant une session de sport tous les 3 mois que je tiendrai le rythme que sâimpose Laurence⊠au quotidien. Et pour cause ! Sportive de haut niveau, elle fait partie des Ă©quipes de France, civile et militaire, de Parachutisme. Interview.
Taina Calissi : Comment es-tu venue au Parachutisme ?
Laurence HervĂ© : En fait, aprĂšs le bac jâavais pris une annĂ©e sabbatique et travaillais en station de ski oĂč jâai rencontrĂ© MĂ©lanie BROUASE. Elle faisait des compĂ©titions de skysurf en Ă©quipe de France, ça mâa donnĂ© envie. TĂŽt ou tard, je me serai certainement tournĂ©e vers le parachutisme mais je pense que MĂ©lanie, qui est devenue une amie par la suite, a Ă©tĂ© le dĂ©clencheur immĂ©diat. Donc dĂšs la saison suivante, jâai cherchĂ© un centre de formation prĂšs de chez moi dans la rĂ©gion parisienne. Ce centre Ă©tait spĂ©cialisĂ© dans le vol relatif Ă 4.
T.C : Es-tu passée par la case tandem?
Laurence sourit : « Non, jâavais dĂ©jĂ effectuĂ© 1000 sauts et fait de la compĂ©tition lorsque jâai fait mon premier tandem. CâĂ©tait pour un copain qui devait valider sa qualification de monitorat de tandem. CâĂ©tait marrant et bizarre de sâen remettre Ă quelquâun dâautre. Mais jâavais confiance en lui. »
T.C : Comment dĂ©cide-t-on de passer dâune passion sportive, Ă la compĂ©titionâŠ. ?
L.H : A lâĂ©poque, je faisais de lâescalade par amour pour la nature, et pratiquais assidument le tennis⊠Jâavais dĂ©jĂ le goĂ»t de la compĂ©tition et dĂšs lâhiver 2007/2008, je dĂ©cidais donc de participer Ă mon premier stage de dĂ©tection de parachutisme. Câest une sorte de compĂ©tition open avec des critĂšres de sĂ©lections restrictifs. Câest lĂ en gĂ©nĂ©ral que les athlĂštes se font repĂ©rer. Jâai fait un stage de dĂ©tection en soufflerie Ă Paris en fĂ©vrier 2008 pour pouvoir accĂ©der au stage de dĂ©tection avion en vol relatif deux mois plus tard, Ă Gap. Je suis devenue sportive dit de haut niveau Espoir en 2010. En compĂ©tition, on doit savoir gerer son stress , donner le meilleur de soi-mĂȘme, vouloir continuellement progresser et respecter des rĂšgles communes... Comme Ă l'ArmĂ©e d'ailleurs.
T.C : Justement, comment sâest fait la connexion avec lâArmĂ©e ?
L.H : Jâai intĂ©grĂ© lâĂ©quipe militaire et civile quasi en mĂȘme tempsâŠ
A l'Ă©poque de ma participation aux stages de dĂ©tections oĂč jâavais Ă©tĂ© repĂ©rĂ©e par des personnes faisant Ă la fois des compĂ©titions civiles et militaires, jâai intĂ©grĂ© lâArmĂ©e de lâAir sur concours, en tant que contrĂŽleuse aĂ©rienne. Etant alors en internat, jâai dâabord bĂ©nĂ©ficiĂ© de dĂ©rogations ponctuelles me permettant de pratiquer le parachutisme avec lâĂ©quipe de lâArmĂ©e (ce qui a dâailleurs suscitĂ© Ă la fois du soutien et de la jalousie.). Dâautre part, il faut savoir que le parachutisme nâest pas considĂ©rĂ© comme un mĂ©tier dans le civil, mĂȘme si je suis mobilisĂ©e une quinzaine de jours par mois en moyenne et parfois jusqu'Ă 3 semaines en plus en compĂ©tition. Pour lâArmĂ©e, les rĂ©sultats obtenus dans les compĂ©titions civiles sont plus importants que les rĂ©sultats militaires. Câest plus porteur en termes dâimages et de promotion. Le fait que je fasse partie de lâĂ©quipe de France civile est donc un plus. LâArmĂ©e est spĂ©cialisĂ©e dans les disciplines de prĂ©cision dâatterrissage et de voltige. Avec le vol relatif, jâapportais une compĂ©tence complĂ©mentaire. CâĂ©tait la configuration idĂ©ale !
T.C : Tu es devenue parachutiste militaire âŠ.?
L.H : Mon Ă©quipe sportive est brevetĂ©e Parachutiste Militaire : Ă cette occasion, nous rĂ©alisons les sauts dâavions en automatique, avec des parachutes ronds, nous faisons les sauts de nuits avec armes et gaines aux pieds, ce qui nous permet de dĂ©couvrir le parachutisme opĂ©rationnel. Cependant, je ne fais pas partie des troupes aĂ©roportĂ©es de lâArmĂ©e de terre et nous nâintervenons pas sur les théùtres de guerre. LâĂ©quipe sportive de parachutisme dont je fais partie est une section Ă part, je dirais « de prestige", Ă lâinstar de la Patrouille de France. Nous faisons des reprĂ©sentations lors de meetings aĂ©riens. Notre objectif premier est de reprĂ©senter lâArmĂ©e française sur les compĂ©titions internationales, faire briller la France sur la plus haute marche du podium et faire retentir la Marseillaise. Dâailleurs, le Bataillon de Joinville, qui accueillait tous les athlĂštes français de haut niveau pour leur service militaire depuis des dĂ©cennies, est « rĂ©activĂ© » au sein du Centre National des Sports de la DĂ©fense, avec l'unitĂ© d'ArmĂ©e de Champions. J'en fais dĂ©sormais partie avec mon Ă©quipe.
T.C : Pourquoi avoir choisi lâArmĂ©e?
L.H : Ăa me parlait et ça me parle toujours. LĂ aussi, comme le parachutisme, je nâai pas de proche engagĂ© ou qui ait fait carriĂšre, qui aurait pu mâinspirer... Ca a Ă©tonnĂ© ma mĂšre qui doutait de ma capacitĂ© Ă accepter lâautoritĂ©. Mais en fait, je pense justement que ce qui mâa attirĂ©e, câest ce cadre, cette rigueur. Dâailleurs, je trouve dommage lâimage caricaturale que lâon vĂ©hicule sur lâArmĂ©e, câest triste. On y apprend beaucoup, des valeurs comme : se donner Ă fond, le dĂ©passement de soi, la solidaritĂ©, vivre en groupe, sâorganiser⊠Comme je le disais, finalement des valeurs communes avec le sport. LâĂ©ducation par lâArmĂ©e est intĂ©ressante. Jâaurais mĂȘme bien aimĂ© avoir lâobligation de faire lâArmĂ©e. Jâaimerais que les gens prennent conscience que les militaires qui vont sur le terrain, ils nây vont pas pour faire la guerre mais pour dĂ©fendre des valeurs et dĂ©fendre leur pays.
T.C : Comment arrives-tu Ă concilier tes obligations professionnelles avec ta discipline sportive ?
L.H : En fait dĂšs 2009, lâArmĂ©e mâoffre de participer Ă mon premier championnat du monde militaire. A lâĂ©poque, je nâai que 250 sauts⊠( « Câest Ă dire que dalle » glisse Laurence en souriant), mais jâai le soutien de mon entraĂźneur et de mon Ă©quipe. Il est vrai quâen compĂ©tition internationale, il faut par exemple penser aux zones de posĂ©, trĂšs variables dâun site Ă lâautre ; ici lâexpĂ©rience peut ĂȘtre dĂ©terminante. A ce moment-lĂ , tu joues ta carriĂšre⊠Mais le chef de lâUnitĂ© dâalors, qui Ă©mettait des rĂ©serves, Ă juste titre, dĂ©cide de me faire confiance. Et lĂ nous dĂ©crochons la mĂ©daille dâOr. Une aubaine ! Il a alors Ă©tĂ© question de me faire venir Ă Gap pour intĂ©grer complĂštement lâĂ©quipe et me consacrer au parachutisme Ă temps plein. Je suis donc dĂ©sormais en dĂ©tachement. Se posera quand mĂȘme bientĂŽt la question de ma rĂ©intĂ©gration Ă mon poste de contrĂŽleuse et lĂ il faudra dĂ©cider. Le contrĂŽle aĂ©rien requiert un maintien de compĂ©tences, ce nâest donc pas un poste acquis. Et il est clair que si je peux prolonger le parachutisme, je continuerai.
T.C : A quoi ressemble une année pour Laurence Hervé?
L.H : Câest variable mais en 2016, jâavais 2 Ă 3 compĂ©titions par mois en saison dâĂ©tĂ© contre 1 en hiver en moyenne. On participe aussi Ă des Ă©vĂ©nements. Par exemple, on a fait les World Air Game de Dubai. Le mois de Novembre a Ă©tĂ© le plus souple en 2016. Autrement, on sâentraine. MĂȘme en hiver, on fait les stages dâentraĂźnement en soufflerie, ça fait partie des entrainements rĂ©currents, dans le civil comme Ă lâArmĂ©e. Quand jâai des crĂ©neaux, je fais du coaching en soufflerie (simulateur de chute libre). Finalement, je nâai plus vraiment de pĂ©riodes creuses. De toute façon, je ne sais pas garder de cases blanches dans mon agenda, je suis sans cesse en train de m'organiser pour pouvoir faire un million de trucs, quitte Ă devoir courir partout... mais j'aime cette sensation! Ne pas louper un seul instant de vie!
T.C : Y a-t-il eu un moment clé dans ta vie de parachutiste ?
Laurence est soudain trĂšs Ă©mue : « Le moment clĂ© : câest Fred. (âŠ). Il a Ă©tĂ© une vĂ©ritable bouffĂ©e dâair pur (âŠ) Il a fait basculĂ© ma vie » me confie-t-elle. « Je suis trĂšs engagĂ©e dans ma vie de sportive, et Fred ne mâa jamais demandĂ© de renoncer Ă aucune de mes activitĂ©s. Fred mâa redonnĂ© confiance en moi. Il comprend mes obligations et me soutient dans ma carriĂšre. Et ça change tout. On se soutient mutuellement (âŠ) » AthlĂšte RedBull, Fred Fugen forme avec son binĂŽme Vincent Reffet, les Soul Flyers et rĂ©alise des performances exceptionnelles, voire uniques en wingsuit et en basejump, que lâon peut voir sur de nombreuses vidĂ©os youtube. Il fait Ă©galement partie du projet Jetman créé par Yves Rossy. « Personnellement je ne le connaissais pas avant notre rencontre. Quand lui arrĂȘtait la compĂ©tition en 2009, moi je dĂ©butais. » Parachutiste confirmĂ©, Fred Fugen a Ă©tĂ© triple champion du monde en freefly en Ă©quipe de France. « Jâai trouvĂ© ça Ă©trange que quelquâun de connu puisse sâintĂ©resser Ă moi et je craignais dâĂȘtre mise au devant de la scĂšne ; ça me mettait mal Ă lâaise. En fait, il nây en a pas beaucoup des comme lui. MalgrĂ© son palmarĂšs, son expĂ©rience, il reste normal, et complĂštement humble. Je trouve ça gĂ©nial le fait quâil a toujours autant envie de partager les choses avec moi alors quâil pourrait passer ce temps avec des personnes confirmĂ©es."
T.C : QuâĂ©voque le voyage pour toi ?
L.H : Les voyages sont un bon moyen de se ressourcer ! DĂ©couvrir le monde, les cultures , faire des rencontres, sâen mettre plein les yeux avec de nouveaux paysages⊠TrĂšs souvent devoir sâadapter et s'ouvrir Ă diffĂ©rentes façons de vivre, et surtout, profiter de chaque moment pour kiffer! (âŠ) Je pense que ce qui est le plus difficile Ă appliquer dans notre sociĂ©tĂ© aujourdâhui, câest de tout laisser de cotĂ© pour nous focaliser sur le prĂ©sent ! Nos pensĂ©es parfois nous empĂȘchent de profiter pleinement... Dâailleurs, je pense que dans le parachutisme, ou tous ces sports extrĂȘmes en fait, on apprĂ©cie dâautant que quand nous pratiquons ces disciplines, nous pensons uniquement Ă kiffer et profiter du moment prĂ©sent !!! Comme dit ma grand-mĂšre : " les voyages forment la jeunesse" - dans ce cas, je crois que je suis bien formĂ©e alors. Le parachutisme me permet de faire Ă©normĂ©ment de voyage , et tout cela en Ă©quipe. C'est une expĂ©rience de vie formidable! Avant, je ne vivais que pour les compĂ©titions et les voyages, dĂ©sormais, ce qui me tient le plus Ă coeur est de partager mes voyages avec Fred. Je dois avouer quâĂȘtre ensemble pour voyager, ĂȘtre Ă ses cĂŽtĂ©s le plus souvent possible, est devenu prioritaire. Et nous avons cette mĂȘme envie de voyage qui nous anime !
Jâai retrouvĂ© Laurence Ă Dubai, la semaine derniĂšre. Elle y faisait un stage dâentrainement avec lâĂ©quipe civile. AprĂšs quoi, elle a prolongĂ© son sĂ©jour, profitĂ© de ce temps libre pour faire du paramoteur et bĂ©nĂ©ficier dâun coaching personnalisĂ© avec Pablo Hernandez pour amĂ©liorer son « posĂ© » (atterrissage). « RĂ©servĂ©e... » se dit-elle, « ... Perfectionniste » rajouterais-je. Câest simple, Laurence nâarrĂȘte jamais.
Liens utiles :
> Comprendre sa discipline, le VR4 : voir ici.
> Voir une vidéo de Vol relatif à 4, entrainement Dubai : voir ici
> Lien Facebook équipe militaire : voir ici
> Lien Facebook VR4 : voir ici
> Reportage France TV sur le "Nouveau bataillon de Joinville ( reportage de 2015) : voir ici


















































