Sénégal, à coeur ouvert - part 1

Mis à jour : 26 janv 2019


Dakar...

Eva et moi descendons de l’avion. Il y a une odeur horrible de mazout, une chaleur à crever et une pollution terrifiante. Pour sortir de l’aéroport nous sommes parquées entre deux grilles, comme des animaux ; on nous dit que c’est fait pour nous protéger de la population, car dès leur arrivée, les étrangers se font harceler pour de l’argent. Je sens que ce voyage me prendra aux tripes...

Texte : Vaite LEBIHAN (Adaptation : T CALISSI) / Photos : Vaite LEBIHAN, Eva Vpori, Loic Bourret. 


Une fois dehors, nous retrouvons notre ami Loïc et son frère Christophe : ce dernier vit ici, marié à Nabou une Dakaroise. Voiture africaine, pas de poignée aux portes... Une panne de batterie nous empêche de partir tout de suite. Le ton de notre séjour sur le continent noir est donné : on en rigole à gorge déployée. Christophe arrive finalement à la faire redémarrer.

L’air est irrespirable, j’ai presque la nausée. Enfin, nous arrivons : cinquante personnes sont là pour fêter l’anniversaire de Tara, cinq ans. C’est une grande fête. Après une bonne douche, dans 1m2 d’espace avec toilette à l’intérieur, c’est « plus qu’agréable ». ;). J’ai deux poteaux à la place des jambes.

Généreuse Gorée !

Nous partons ce matin au marché de Dakar, de là nous prendrons le bateau pour l’île de Gorée. Nous y sommes... Une chaloupe pour notre traversée, une odeur de mazout, encore! J’ai toujours mon problème de nausée. Loïc me rassure et m’explique que pour lui, la première fois, c’était pareil.

Nous sommes compressés, le bateau accueille entre 150 et 300 personnes à chaque navette pour cinquante places assises ! Les africaines sont avenantes, elles se serrent pour nous trouver une petite place, elles portent toujours des tenues magnifiques. Il fait chaud, très chaud. Après trente minutes de traversée nous arrivons sur l’île.

D’emblée, on en prend plein les yeux : les odeurs, la musique… Et les gens ne sont pas farouches du tout ! Les enfants se baignent en demandant des pièces. On est immédiatement confronté à la misère.

Les gens squattent dans des baraques ou immeubles délabrés, nous traversons les ruelles de Gorée, Je ne sais pas si j’ai peur - ce n’est pas un circuit touristique, et nous ne croiserons pas beaucoup de touristes. On est sollicité toutes les cinq minutes, pour acheter des colliers, des tissus. Sur le chemin, mon amie Eva a dû recevoir dix demandes en mariage. Moi, je suis plus craintive, ils le sentent.

Nous allons visiter la maison des esclaves, et toujours à la découverte de l’Afrique, nous allons boire le thé chez des Bayle Fail * (des rasta).

Je prends la mesure de cette réalité : ils n’ont rien et et ils sont généreux. Ils t’offrent une place assise, sur des lits où eux dorment. Pas d’air dans les maisons, pas de vitre aux fenêtres, je ne sais pas combien de personnes viennent nous serrer la main, parler avec nous. On nous met les bébés dans les bras et je rêve de partir avec un enfant… Mais c’est impossible. Je pense alors à ma fille qui a cette chance d’avoir un confort au quotidien et je vois ici cette petite fille qui vit dans cet immeuble délabré, sans électricité, sans eau. Je suis émue presque à en pleurer… Nous partirons après 2h ou nous apprendrons encore de la vie Africaine à Gorée.

La nuit, la rue... les âmes d'ici.

Après avoir visité une bonne partie de l’île, nous arrivons dans notre « case », c’est la maison D’Augustin LY. Ce n’est pas le luxe du tout, mais c’est propre, et nous y sommes bien. « Souleymann » le gardien des lieux, tient cette maison, il a peine vingt ans ! Je serai surprise d’apprendre plus tard que la maison appartient au producteur français du film «Sheitan »

Le soir, nous allons manger du poisson grillé au bord de plage. Les gens se baignent à la mer, il doit être 21h. Une vie nocturne, ou tout est ouvert. Il n’y a aucun blanc qui se balade, à part nous ! Nous traversons ces ruelles, où nous croisons moutons, pélicans. Je suis surprise, peut être même choquée , de voir les gens dormir devant les pas de porte ; ils dorment partout, sur une paillasse, juste à même le sol, au milieu des gravats.

Bizarrement, Eva et moi ferons le même rêve « quelqu’un s’introduit dans la chambre ». Mais rien de tout cela, tout est chargé en histoires, en Mana.

Souleymann, lui, nous réveillera avec une bonne odeur de café, de crêpes, et des œufs frits. La famille de Loïc nous rejoindra pour une journée à la mer : on est loin des plages de Tahiti et ses îles. Nous sommes au port, tout est pollué, c’est sale même. Je serais la seule à ne pas me baigner, je crois que mon côté précieux est trop présent. Nous déjeunerons un poisson grillé. Je ne peux manger que ça, et c’est excellent !

Il y a quand même trop de vendeurs qui nous harcèlent toute la journée. Nous prendrons la chaloupe de 20h, les navettes opèrent jusqu’à 23h. Il y a beaucoup de monde, nous sommes séparés par la cohue; les gens nous poussent, passent devant nous, c’est à celui qui sera le premier dans la chaloupe. Nous rentrons avec une confédération religieuse africaine qui aura chanté toute la journée, et le soir, dans le bateau : des chants musulmans non-stop, et cela peut durer deux jours, c’est impressionnant !

Pour rentrer, nous devons chercher un taxi, on est loin du taxi parisien évidemment, nous n’avons toujours pas de poignée aux portes, et je sens la ferraille des sièges. Conduire à Dakar relève du défi !

Nous retournerons dans la famille pour la nuit, nous dînerons vers 23h, nous découvrirons le plat commun où nous avons chacun notre espace dans le même plat : du mouton cuit comme le bon gigot de maman, beaucoup de saveurs et de mélanges d'oignons et d'ails. Je suis cramée par le soleil, le moindre carré de peau exposé est brûlé. J’irais me coucher vers 1h du matin, dépaysée. Texte Vaité Le Bihan.

"Plein les yeux..."